La délation

Un outil de la société de vigilance

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Par Vanessa Codaccioni
Illustration Fabien Rocca

La délation est un phénomène historique d’une cruelle actualité. La pandémie de Covid l’a bien montré :  de nombreuses personnes ont dénoncé des passants, des voisins, des personnes considérées comme ne respectant pas les règles et les normes en vigueur. Interrogeant ce phénomène d’ampleur, l’autrice montre que la délation est le symptôme d’une société que certains ont intérêt à diviser.

«
Cet usage de la délation à des fins de punition
de l’autre s’inscrit dans un mouvement continu
d’implication volontaire des citoyens
»

Delation - Fabien Rocca - Quì magzaine

La délation a toujours existé. Pour autant, aujourd’hui, la délation est devenue banale et ordinaire et, sous couvert d’aider la police à retrouver des délinquants ou des criminels, devient même un mode privilégié de règlement des conflits (familiaux, professionnels, de voisinage). Celle-ci avait déjà connu un essor significatif après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, et surtout en France après les attentats du Bataclan de novembre 2015 : des centaines de personnes avaient été faussement accusées d’être des « terroristes » ou d’être entrées dans un processus de radicalisation, souvent dans le cas d’une querelle préexistante sur le lieu de travail, d’un divorce impliquant la garde d’enfants ou d’un conflit entre voisins. Mais c’est bien la crise du Coronavirus qui a agi comme un révélateur de cette tendance puisque l’on a vu apparaître une « police des balcons » tant en France que dans de nombreux pays européens. En Espagne, des citoyens insultaient régulièrement celles et ceux qui étaient dans les rues au plus fort du confinement en 2020, leur jetant même des œufs, touchant parfois des médecins venus soigner leurs voisins1. En Italie, la dénonciation, largement mobilisée dans les villes et les villages, est aujourd’hui vue comme un devoir civique et approuvée par une grande partie de la population2. En Belgique, le phénomène prend également de l’ampleur, si bien que la police belge se dit « dépassée » par le nombre de dénonciations3. […]

[1] Le Monde, 29 octobre 2020.
[2] 72 % des sondés d’y déclarent favorables (Francetvinfo, 14 mai 2020).
[3] Metrotime.be, 2 mars 2021.

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