La dernière goulée d’air

(ou l’égalité du départ)

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Par Carole Zalberg
Illustrations Raphaël Federici

Si l’on écarte la possibilité d’un dieu interventionniste, tantôt vengeur tantôt bienfaiteur, on ne pourra nier la loterie immorale que constituent les destinées. Lignées, environnement, rencontres forment un ensemble face auquel nos choix, nos décisions, notre volonté n’ont que peu de poids. On aura beau s’offusquer de cette répartition hasardeuse, ou au contraire s’en féliciter si l’on est égoïste et bien servi, l’égalité, désirée ou non, ne s’invitera qu’au seuil du grand effacement. Tel est en tout cas mon pari ou mon vœu. 

Je me dis que je meurs mais c’est sans inquiétude. Éjectée d’une voiture une
seconde plus tôt, j’ai senti le choc et j’ai senti le vol. J’ai senti l’atterrissage brutal sur le bitume et rien d’autre que cela, le sol dur sous mon dos, la respiration qui ne reprend pas, mes 24 ans arrêtés net alors que je dansais encore hier. 

Je me dis que c’est déjà fini, en plein amour, en plein élan vers tout ce qui, pensais-je, m’attendait. J’ai le temps de m’étonner de la paix en moi, presque une délivrance, et puis l’instinct me dicte de me tourner sur le côté. Et souffle, battements, volonté de vivre, tout revient comme à la levée d’un barrage. […]

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