Les militants sont-ils fous ?

Par Vanessa Codaccioni
Illustration Léon Caniccioni

Entrer dans la tête des militants est l’un des grands fantasmes des gouvernants et de certains observateurs de la vie politique. À quoi pensent-ils ?
Est-ce que quelque chose, dans leur crâne et leur cerveau, explique qu’ils militent, s’engagent, et parfois s’adonnent à la violence ? Sont-ils fous ?

«
Dans un pays comme la France, il faut que les activistes aient commis un acte « grave » pour subir un examen psychologique ou psychiatrique
»

Les militants sont-ils fous ? - Quì magazine Vol 7

Si les premières questions n’ont jamais véritablement trouvé de réponses, plusieurs types d’experts essaient, dès le XIXe siècle, dans le contexte de l’essor de l’anarchisme notamment, de trouver des réponses à l’engagement protestataire ou à la perpétuation d’actes violents dans les manifestations.

Parmi eux des médecins, des criminologues, des psychologues sociaux et bien sûr des psychiatres qui, dès cette date, participent d’une assimilation entre militantisme et folie, et parfois même sont les acteurs-clés de ce que l’on a appelé une « psychiatrie punitive » comme en URSS où des opposants sont internés dans des hôpitaux psychiatriques. La pratique de l’internement d’opposants, doublée de l’usage de narcoleptiques, se développe dans les années 1920 jusqu’à être massive dans les années 1950 et 1960. Nikita Khrouchtchev, dirigeant de l’URSS, écrit ainsi dans la Pravda, en 1959 : « Un crime est une déviation par rapport à des valeurs reconnues, généralement provoquée par un désordre mental ». La contestation politique relève ainsi de la maladie mentale, et la plupart des militants sont internés pour « paranoïa » ou « schizophrénie », ce qui présente l’avantage de les enfermer sans procès*.

*Grégory Dufaud, Une histoire de la psychiatrie soviétique, Paris, Éditions de l’EHESS, 2021, 313 p.

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