Entretien avec

Jean-Jacques Urvoas

Propos recueillis par Wanda Mastor
Illustration Benoît Lamare

Aujourd’hui professeur de droit public, Jean-Jacques Urvoas fut conseiller régional de Bretagne, député, président de la commission des lois de l’Assemblée nationale puis ministre de la Justice sous François Hollande. Par le prisme de ce que peut être « l’esprit politique », il évoque son parcours et réagit à l’actualité institutionnelle insulaire.

«
Sans idéal il ne peut y
avoir d’action même si
nous sommes finalement
tenus par une obligation
de moyens, pas de résultat
»

Jean-Jacques Urvoas - Quì magazine Vol 8

Quì / Monsieur le Ministre, cher collègue, il va être question dans cet entretien de « l’esprit politique ». J’aimerais que nous partions de la définition donnée par la philosophe Hannah Arendt : « Avoir l’esprit politique, c’est se soucier davantage du monde que de nous-mêmes ». Partagez-vous cette vision altruiste de ce qui vous a animé toute une carrière durant ?

Jean-Jacques Urvoas / C’est particulièrement valorisant de le présenter ainsi. Je n’ai pas de doute sur le fait que l’esprit politique est, au départ, un idéal. La difficulté, c’est qu’il le reste. Si la dimension philanthropique de l’engagement politique est évidente, du moins dans les premiers temps du militantisme, la confrontation avec l’âpreté du réel peut ensuite la modifier. Même si l’envie d’être utile, aux autres, à son pays, au monde, est réelle, même si ces idéaux demeurent un moteur puissant, la complexité des sujets à traiter impose leur conciliation avec la réalité du terrain. Les motivations deviennent alors moins nobles, parce que nous cherchons d’abord à agir efficacement. Mais sans idéal il ne peut y avoir d’action même si nous sommes finalement tenus par une obligation de moyens, pas de résultat.

Q / Vous avez été député, président de la commission de la loi de l’Assemblée nationale, ministre de la Justice. Avez-vous senti parfois que cette « flamme » que vous évoquez vous animait moins ?

J.-J. U. / Au contraire, je conserve plutôt des souvenirs de moments où je me suis dit « ça sert toujours ». Par exemple, dans la multitude des étapes qui ont rythmé depuis 1988 le souffle calédonien. Quand je l’ai pu, à ma petite place, par exemple dans la préparation des conditions de déroulement du premier référendum, j’ai tout fait pour que l’horizon puisse arriver dans des conditions apaisées. Dans ce genre d’occasion, cette petite flamme scintillait ! […]

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